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21 juillet 2012 6 21 /07 /juillet /2012 10:28

Vu sur : http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/fol-ouest-et-fataliste-iran-119961

Y sommes-nous ? Voilà maintenant plusieurs années qu'un conflit militaire avec l'Iran est envisagé par l'opinion publique, à tort, jusque-là. Pourquoi les choses pourraient-elles en être autrement dans les prochaines semaines ? Tour d'horizon de divers sujets interconnectés.

Le demi-échec de la Syrie

En Syrie, l'opération de déstabilisation du gouvernement Assad s'éternise et ce dernier est toujours en place. L'hystérie collective de ses "diplomates", si tant est que des diplomates puissent être aussi irrationnels et inaptes au dialogue, démontre assez bien le malaise du camp occidental à propos de son insuccès vers la prise de Damas. Une intervention militaire en Syrie n'est pas envisagée par l'OTAN, et ne semble pas envisageable, pour plusieurs raisons.

  • La défense aérienne de la Syrie est très performante et va en se renforçant, comme l'atteste la volonté de la Russie de continuer les livraisons de DCA au régime syrien, prétextant que ces armes sont à usage strictement défensif, ne peuvent servir pour la répression du peuple syrien et respectent les traités internationaux.
     
  • Dans ces conditions, une attaque aérienne ne suffirait sûrement pas à faire tomber le régime d'Al Assad. Il faudrait qu'elle soit coordonnée avec une attaque de grande ampleur au sol ou depuis la mer Méditerranée. Dans les deux cas, cela semble compromis, d'autant plus pour l'opération maritime que la Russie dispose d'un port à Tartous.

Pour autant, l'Ouest n'abandonne pas la Syrie ; cela sera une guerre d'usure : le cours du Frère Musulman étant plutôt bas et les réserves quasiment infinies, nul besoin d'une intervention militaire dans ce pays au tissu ethnico-religieux très varié. Il en va tout autrement de l'Iran à l'immense majorité chiite et au sein duquel une opposition pro-Etats-Unis n'arrive pas à se dégager. De façon plus ou moins paradoxale, une guerre ouverte avec l'Iran est donc certainement plus probable qu'avec la Syrie, bien que l'Iran soit plus puissant que son alliée syrienne, à tous égards. Ajoutons à cela un accès maritime plus aisé et une Russie plus éloignée. Quoiqu'il en soit, il leur faut une guerre, on le sent bien, et l'Iran aussi.

Khamenei voit venir la fin des temps

Le fatalisme de l'Iran s'est exprimé récemment par la voix de son guide suprême : l'ayatollah Khamenei aurait demandé au peuple iranien de se préparer à la guerre et à la venue de l'imam Mahdi lors d'une allocution télévisée. A la fin des temps donc, car selon l'islam, le Mahdi apparaîtra durant les derniers jours de l'existence du monde. Peu d'illusions donc du côté iranien, les Etats-Unis attaqueront bientôt. Les généraux des deux camps s'accordent au moins sur un point : l'issue de cette guerre se jouera dans le détroit d'Hormuz.

Les Etats-Unis renforcent leur flotte à proximité du golfe Persique

Un quatrième destroyer, l'USS John C Stennis, fait actuellement route vers le golfe Persique. Il est accompagné de dizaines de drones sous-marins et rejoindra l'USS Enterprise, l'USS Dwight D. Eisenhower et l'USS Abraham Lincoln, déjà présents dans la région, ainsi que divers sous-marins, dont l'USS Georgia, qui disposeraient de pas moins de 430 missiles Tomahawk d'une portée de 1700km capables de frapper les défenses iraniennes. Les drones sous-marins ont la particularité de pouvoir détecter et de détruire les mines sous-marines. La flotte des Etats-Unis présente près du golfe Persique sera donc enfin entièrement parée pour un affrontement dans le détroit d'Hormuz.

La justification d'une guerre que seuls peu de fous souhaitent

Un conflit avec l'Iran ne serait possible qu'en ne disposant d'un motif suffisamment raisonnable. Or, seules deux raisons pourraient laisser croire aux Etats-Unis qu'une agression contre l'Iran soit acceptée par la communauté internationale : l'existence d'un programme nucléaire et un acte de guerre contre l'Occident.

L'impasse - voulue - des négociations sur le nucléaire

Les négociations sur le nucléaire sont dans une impasse. Pour qui a suivi un tant soi peu ces "négociations", les Occidentaux font preuve d'une mauvaise foi évidente et n'ont pas l'air de vouloir que ces discussions aboutissent vers un accord. L'échec de l'AIEA à vouloir rassembler les preuves d'un programme nucléaire iranien est d'autant plus patente que l'Iran dispose du soutien de la Russie et de la Chine pour son programme civil. Si l'excuse du nucléaire s'évanouit, que reste-t-il à nos dirigeants va-t-en guerre ?

Les Jeux Olympiques, point de non retour

Les attentats terroristes, évidemment. Ils seraient la parfaite excuse pour le déclenchement d'une guerre avec l'Iran. Nous noterons quelques coïncidences troublantes. Le programme de guerre cybernétique engagé contre l'Iran, comprenant notamment les virus Stuxnet et Flame, serait dénommé "Olympic Games" selon un rapport du New York Times. Paradoxalement, on a appris récemment que la société privée chargée de la sécurité des Jeux Olympiques avait non seulement failli à recruter assez de personnel de sécurité, mais recrutait des bacheliers de 18 à19 ans payé à £8.50 par heure pour exercer le métier improvisé d'agents de sécurité. Les professionnels s'en sont scandalisés, arguant notamment du fait que les jeunes recrues n'étaient absolument pas sérieuses lors des répétitions. Une telle nouvelle à deux semaines du lancement des Jeux Olympiques, autant dire que si panique il y a, elle sera mal gérée. La défense aérienne, quant à elle, se porte plutôt bien puisque des missiles sol-air ont été déployés sur les toits de bâtiments civils de Londres. Rien que ça.

La farce du retour des avions d'Al Qaida

Il faut dire que la presse anglo-saxonne brandit de nouveau le spectre d'attentats terroristes. Al Qaida aurait, paraît-il, prévu de détourner des avions lors des Jeux Olympiques. Cette même Al Qaida, qui a l'air bien occupée en Syrie, qui a l'air ici bien peu imaginative, qui serait même plutôt confiante au vu des contrôles désormais en place dans les aéroports. On pourrait d'ailleurs attendre de la sécurité aérienne qu'elle renforce davantage son action durant les Jeux Olympiques. On peut supposer que les potentiels terroristes s'apprêtant au djihad pour un résultat pour le moins incertain savent que leur plan de détournement d'un avion risque de tourner court au vu de l'arsenal dantesque qu'a prévu de faire prendre l'air l'armée britannique. Des avions détournés pendant les Jeux Olympiques ? Une vaste blague.

Le monde frénétique de la cybernétique informatique

A prendre beaucoup plus au sérieux est la menace terroriste informatique. Du côté des experts occidentaux en cybersécurité, on s'agite - les plus dubitatifs diront qu'on feint de s'agiter - dans tous les sens. Le mois de juin a vu exploser le nombre de rapports dans les revues spécialisées à propos d'une menace terroriste informatique et à écouter le cyber chef du Pentagone, ce serait pour demain ou presque :

"Ce qui me préoccupe, c'est l'évolution d'attaques disruptives vers des attaques destructrices. Et je pense que cela vient. Nous devons être prêts pour ça."

Une cyberattaque terroriste, concrètement

Le danger des attaques informatiques réside dans leur potentielle prise de contrôle des systèmes SCADA, ces systèmes de télégestion à grande échelle permettant de traiter en temps réel un grand nombre de télémesures et de contrôler à distance des installations techniques. Elles pourraient affecter toutes sortes d'installations industrielles : des centrales, des barrages, des moyens de transport... Dans un article récent, un expert en cybersécurité prenait d'ailleurs l'exemple du métro londonien, piloté par le système SPIDER. Ce dernier gère entre autres l'approvisionnement en énergie et les aiguillages du métro de la capitale britannique. Une attaque informatique pourrait provoquer de terribles dégats, aussi bien économiques qu'humains...

L'intérêt d'une telle attaque

Coordonnée avec des attaques à la bombe, elle aurait un quadruple intérêt :

  • faire un nombre important de victimes et susciter une empathie suffisante des peuples amorphes occidentaux ;
     
  • être novateur et prétendument inattendu - les avions, on a déjà eu, merci ;
     
  • justifier une attaque militaire sur son auteur. L'Iran étant beaucoup plus crédible dans le rôle du pirate informatique que les talibans des cavernes, au vu de la situation géopolitique, c'est une aubaine pour le complexe militaro-industriel occidental ;
     
  • être une excuse parfaite au renforcement du contrôle d'Internet.

Mais alors, si guerre contre l'Iran il y a...

Irait-on vers une guerre nucléaire ?

C'est peu probable. Cet avis est appuyé au regard notamment, du retour sur la scène diplomatique de Kissinger. L'administration actuelle des Etats-Unis à la tête de laquelle trône la criminelle de guerre Clinton (dont l'humaniste mari aurait exigé la mort de 5000 morts musulmans à Srebrenica pour permettre une invasion de la Serbie), a été vivement critiquée par les anciens de la realpolitik parmi lesquels Brzezinski et Kissinger. Ce dernier a d'ailleurs récemment rencontré Poutine qu'il a défini comme un "patriote". Il est connu que Kissinger exerçait une influence immense au sein de l'administration des Etats-Unis à partir des années 60. On peut supposer que l'homme est encore reconnu et conserve toute son influence dans les cercles fermés de Washington.

Une administration états-unienne paniquée face à une politique russe très habile

Si Kissinger fait son retour sur la scène diplomatique, c'est aussi sûrement parce que l'administration des Etats-Unis panique. Comme le dit d'ailleurs Kissinger lui-même : elle avance "à l'aveugle" sur beaucoup de sujets. Aucune stratégie de long terme, aucune cohérence, n'ont l'air véritablement établies. Au contraire, les Russes prennent les choses en main, notamment sur le plan de la politique intérieure. Ils ont récemment pris trois initiatives afin d'assurer la stabiltié de leur pays qui ont fort déplu à Washington. Ces trois initiatives sont :

  • l'établissement d'une carte des conflits ethniques en Russie joint à une politique d'apaisement des tensions de ces zones tout en y maintenant une présence militaire suffisante ;
     
  • la labélisation des ONG financées depuis l'extérieur de la Russie comme agents étrangers ;
     
  • le rétablissement de la responsabilit pénale pour diffamation (comprendre propagande).

Selon les Occidentaux, les deux harpies Ashton et Clinton en tête, ces mesures menaceraient la société civile russe, une autre façon de désigner les révolutions colorées, paraît-il. Hillary Clinton a d'ailleurs déclaré publiquement qu'elle réfléchissait à l'établissement d'autres canaux de financement pour les ONG. On lui souhaite bonne chance.

Kissinger et la politique nucléaire limitée

Kissinger a écrit Nuclear weapons and foreign policy en 1957 (autant dire qu’il a l’expérience de la question nucléaire). Il est aussi l’un des plus grands partisans et défenseurs de la guerre limitée (limited war), cela étant également valable du point de vue nucléaire, son principe de base étant qu’une guerre totale ne profite à personne. De là il en déduit le concept de guerre nucléaire limitée, rationnelle, au cours de laquelle il devrait nécessairement y avoir des accords avec l’ennemi pour ne pas sombrer dans l’apocalypse. Ce qui est inquiétant, c’est que les Etats-Unis auraient envisagé une telle frappe régionale sur l’Egypte au moment de l’épisode de l’USS Liberty (en complot avec Israël). Néanmoins, sa doctrine découle de son axiome de base : une guerre totale serait terrible pour tout le monde. Cette hypothèse est très certainement toujours à la base de sa réflexion et c’est possiblement à ce propos qu’il essaie de sonder Poutine

La réponse des Russes à une éventuelle agression nucléaire

La question est donc la suivante : si l’administration actuelle des Etats-Unis ou Israël était assez folle pour employer l’arme nucléaire dans un conflit régional, quelle serait la réponse des Russes ? Pour cela, il faut étudier la position des Russes sur les divers dossiers internationaux. Poutine et son gouvernement sont extrêmement respectueux du droit international, essaient toujours de calmer les tensions au lieu de participer à une escalade des tensions et ne jurent que par l’ONU qui est selon eux l’unique plate-forme de dialogue, bien que les Etats-Unis s’en passent allègrement. Cependant, il y a un unique sujet sur lequel les Russes n’ont pas transigé, c’est le bouclier anti-missile, notamment en envisageant des frappes préventives sur les sites dudit bouclier en Europe. Ce qui correspond non seulement à une escalade des tensions diplomatiques mais également à un acte de guerre ouverte, ce qui est loin d'être leur politique habituelle...

Du respect du droit international au pragmatisme comme lutte contre les fous

En revanche, sur les autres sujets (on pourra citer la Syrie et l'Iran), rien d'imprudent n'est entrepris : pas de livraison d’armes en dehors des traités internationaux, pas d’accroissement de la présence militaire dans les zones sensibles, pas de dérapages diplomatiques. Le nucléaire est donc une ligne rouge que Poutine ne laissera pas franchir, même pour un conflit régional. C’est dans cette optique qu’il est nécessaire d'interpréter le tir du Topol-M sur une distance de 2000 km d’il y a quelques semaines depuis la région d'Astrakhan sur le Kazakhstan, dont la signification est bien plus cruciale que l’éventuel tir de Boulava en Méditerranée. Pourquoi Diable la Russie aurait besoin d’utiliser un Topol-M, missile intercontinental, sur 2000 km ? Un état juif s'est peut-être senti concerné. L'administration des Etats-Unis, dans sa folie, devrait ainsi tenter de prendre en compte la réponse des Russes à une frappe nucléaire régionale. Après tout, peut-être ne bluffent-ils pas.

Conclusion

Dans ces conditions, on peut espérer que le retour de Kissinger dans le jeu des relations diplomatiques soit le signe d'un retour à la raison de l'administration des Etats-Unis. Il faut dire qu'Hillary Clinton ne brille pas par ses talents de diplomate ni de gestion des crises difficiles.

Les Jeux Olympiques seront-ils le point de départ de la marche vers Téhéran ? C'est en tout cas l'opinion de l'auteur. L'hypothèse du détournement des avions étant à écarter pour les raisons évoquées ci-dessus, c'est le métro londonien qui devient la cible de choix. Concluons en rappelant que le programme de répétition répondant au doux nom de "Forward defensive" envisageait des attentats dans le métro londonien le 8 août, l'un des jours les plus chargés de la compétition.

Prémonitoire ?

 

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Published by ainsi - dans actualités
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