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22 février 2011 2 22 /02 /février /2011 15:49

 L’obsolescence programmée

 Posté par Pascal sous Société

Nous avons tous entendu parler de ces « pannes programmées » intégrées dans les appareils dès leur conception… j’y croyais plus ou moins… la semaine dernière, Arte diffusait un reportage très instructif sur l’obsolescence programmée.

Ce n’est pas une légende, mais quelque chose de très concret mis en place au début du siècle, afin de favoriser la société de consommation et assurer les bénéfices des sociétés. Un produit qui ne s’use pas est dangereux pour l’économie ! C’est aussi la naissance des produits jetables… le problème c’est que fait-on des déchets ?

Les ampoules incandescentes seront les premières touchées dès les années 1900 , puis les bas nylons quelques années plus tard. Plus récemment, le fameux Ipod d’Apple utilise ce même concept. Nous suivrons également Marcos et son imprimante qui refuse un beau jour de fonctionner.

Pourtant, des solutions existent : intégrer dans le prix de l’objet tous ces coûts, utiliser des matériaux bio-dégradables, et enfin la décroissance.

L’ampoule incandescente

Le reportage commence au début du siècle, à la caserne des pompiers de Livermore en Californie, où brille une ampoule depuis 109 ans ! Construite en 1901, c’est la plus vieille ampoule du monde. Une webcam en diffuse d’ailleurs l’image sur internet : ironie de l’histoire, l’ampoule a déjà survécu à deux webcams…

A l’époque, on construisait des ampoules de longue durée (2500 h). Ce produit simple est devenu la première victime de l’obsolescence programmée : fin 1924, « des gens en costumes rayés » se réunissent à Genève, et crée un cartel international nommé Phoebus (il changera de nom plusieurs fois au cours de l’histoire pour échapper aux poursuites) dont le but est de contrôler la production mondiale des ampoules incandescentes, et de se partager le gâteau. Car si les ampoules durent trop longtemps, cela représente un préjudice économique. Le cartel décide donc que leur durée de vie ne devra pas dépasser 1000 heures.

En 1942, en pleine guerre, le cartel obtient du gouvernement qu’il dépose une plainte contre General Electric, qui persistait à proposer une ampoule qui dépassait les 1000 heures fatidiques.

Très récemment (1981) un fabriquant est-allemand invente une ampoule longue durée. Les acheteurs occidentaux la refuseront, et à la chute du mur de Berlin, l’usine sera fermée et la société liquidée.

Les bas nylons

L’histoire des bas nylons est similaire : Dupont, le géant de la chimie, lance en 1940 une fibre révolutionnaire, le nylon. Les bas, très résistants au début, seront volontairement rendus plus fragile pour réduire leur durée de vie et les rendre plus rentables. Les bas recommencèrent, petit à petit, à devenir de moins en  moins résistants…

La société de consommation et les produits jetables ont alors de beaux jours devant eux. Les ingénieurs doivent désormais intégrer dans la conception des nouveaux appareils leur mort programmée, ce qui n’est pas sans leur poser de problèmes éthiques. Un film de 1951 d’Alec Guinnes, The man in the white suit (l’homme au complet blanc) retrace l’histoire d’un jeune chimiste inventant un fil qui repousse la saleté et qui ne s’use pas. Il finira poursuivi par les patrons de l’usine mais aussi par les ouvriers qui craignent tous de perdre leurs emplois !

A la fin des années 1950, les consommateurs commencent à se poser des questions : c’est ainsi que les premières lois sur la garantie des produits entre en vigueur. Mais aujourd’hui, l’obsolescence programmée est enseignée dans les écoles de design et d’ingénierie.

L’Ipod

Un jeune artiste New-Yorkais achète un Ipod 500 $, et 18 mois plus tard la batterie tombe en panne. Il appelle Apple pour la faire changer, mais on lui répond d’en acheter un autre.

Avec son frère, et munis d’un pochoir, ils taguent toutes les publicités d’Ipod qu’ils voient avec le message suivant : « Ipod’s unreplaceable battery lasts only 18 months ». Ils en font une vidéo et la mettent sur le web. Le site explose, plus de cinq millions de visites.

Une avocate californienne, Elizabeth Pritzker, voit cette vidéo, et décide de poursuivre Apple. De nombreux consommateurs ont vécu la même expérience, et un recours collectif est lancé (les fameuses class-actions). Andrew Westley est l’un des plaignants, qui va les représenter. C’est l’affaire Westley contre Apple.

Les données techniques réclamées par l’avocate montrent que le type de batterie utilisé dans l’Ipod était conçu pour avoir une durée de vie limitée. Il est clair que l’Ipod a bien été construit dans la perspective de l’obsolescence programmée.

Le procès n’ira pas à son terme, et un arrangement sera trouvé : Apple assurera le remplacement des batteries, et étend la garantie à deux ans. Les plaignants sont dédommagés.

Le plus dingue de l’histoire, c’est que Andrew Westley est resté fidèle à Apple, et a plus tard acheté un ordinateur portable haut de gamme de la même marque. C’est à désespérer du cerveau des consommateurs !

Apple, qui se vend comme une société innovante et branchée, est en fait le contraire : sa politique environnementale ne permet pas au consommateur de retourner les articles pour les recycler ou les retraiter. C’est contraire à toute logique, et c’est contraire à son message.

Les déchets

Le reportage nous emmène ensuite au Ghana. Comme d’autres pays du tiers-monde, de nombreux déchets électroniques y sont envoyés par cargos entiers.

Il y a bien un traité international qui l’interdit, mais les marchands le détournent en déclarant ces articles comme des articles d’occasion.

Ainsi, les pays développés gaspillent, et envoient leurs déchets dans les pays pauvres, là où l’on ne consomme pas ces produits, et où jeter n’est absolument pas dans leur culture. Des procès pourraient bien rattraper ces compagnies peu scrupuleuses, dont Apple fait partie.

Le prix des appareils en question devraient intégrer tous les coûts annexes : les émissions de carbone, la matière première, l’impact environnemental et le recyclage. Dans ce cas, les entreprises auraient tout intérêt à concevoir des appareils durant beaucoup plus longtemps.

Les nutriments

Une autre approche serait de faire comme la nature : plutôt que de produire des déchets, elle produit des nutriments. La nature se reproduit : les fleurs flétries, les feuilles mortes ne sont pas des déchets, ils nourrissent d’autres organismes, c’est le cycle permanent.

L’industrie pourrait s’en inspirer,comme le démontre le Dr Michael Braungart, chimiste. Il a conseillé une firme de textile en suisse qui a mis ce concept en application : tous les produits chimiques hautement toxiques ont été remplacés par des produits naturels. La liste a été réduite à 36 produits, tous bio-dégradables. On pourrait manger les textiles sans aucun soucis.

La décroissance

Les 3 piliers de la société de croissance sont la publicité, l’obsolescence programmée et le crédit.

L’autre alternative, c’est d’en finir avec la société de croissance. Croître pour croître, ce n’est plus possible aujourd’hui. C’est ce que nous explique Serge Latouche, professeur émérite d’Économie à l’université de Paris, et fervent apôtre de la décroissance.

Le bonheur ne dépend pas de notre niveau de consommation, ou alors nous devrions baigner dans une félicité absolue ! Les études montrent qu’au delà d’un certain seuil , le rapport s’inverse entre le niveau de consommation et le sentiment de bonheur (qui est subjectif).

Les détracteurs parlent de revenir à l’âge de pierre… Il s’agirait plutôt de revenir au niveau des années 60. La société de décroissance réaliserait le vision de Gandhi qui disait :

Le monde est assez grand pour satisfaire les besoins de tous, mais il sera toujours trop petit pour satisfaire l’avidité de quelques-uns.

L’imprimante de Marcos

Le fil rouge du reportage est l’histoire de Marcos, informaticien à Barcelone, qui un beau jour voit son imprimante s’arrêter de fonctionner, avec un beau message lui conseillant de faire appel à un technicien.

Les différents services de réparation auxquels il s’adresse lui conseillent tous d’acheter une nouvelle imprimante, plus rapide, car la réparation coûterait plus cher…

Mais Marcos est tenace, et commence à chercher des informations sur le web. Après de (très) longues recherches, il tombe sur un site russe où il trouve l’explication de sa panne : les cycles de nettoyage des têtes d’impression provoquent des rejets d’encre, et au fond de l’imprimante un réservoir d’encre usagée a été placé à cet effet. Un petit circuit intégré contrôle ce processus : au bout d’un certain nombre de cycles de nettoyages, l’imprimante est bloquée et s’arrête de fonctionner.

Heureusement, le russe n’a pas apprécié : défenseur de l’environnement et programmeur, il a écrit un petit logiciel que Marcos s’empresse de télécharger. Un click : le compteur est remis à zéro… et l’imprimante se remet immédiatement à fonctionner !

 

Pour info, l’imprimante était de marque EPSON. Pas sûr que les autres fassent mieux, mais…

 

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